Korhogo, nov 2022 – La Côte d’Ivoire était autosuffisante en riz en 1976. Elle ambitionne de le redevenir en 2025. Un défi alors que la production stagne et subit la concurrence des importations. Pour retrouver sa souveraineté sur la production de cette denrée stratégique, le gouvernement ivoirien mise désormais sur l’industrialisation de la filière et l’engagement du secteur privé. Au nombre de ces privés, la société de commodité de Côte d’Ivoire (SOCOMCI). Son directeur général, Lazeni Coulibaly, dans un entretien à l’AIP, lundi 31 octobre 2022, à Korhogo, affiche ses ambitions pour la promotion du riz local en Côte d’Ivoire, relevant la nécessité de l’appui de l’Etat à la mécanisation et la transformation.

Monsieur le directeur général vous avez créé la SOCOMCI qui est active dans l’agro-alimentaire. De façon spécifique, quel est votre champ d’action ?

Je voudrais dire merci à l’AIP qui montre son intérêt pour la filière à travers cet entretien. Pour revenir à votre question, la SOCOMCI intervient dans la filière riz dans son ensemble, le riz local et le riz importé. Sa vocation est de faire la promotion du riz local. Mais pour faire la promotion du riz local, il faut faire le riz importé, afin de permettre de mieux structurer la filière riz local. Parce que, c’est le riz importé qui permet d’avoir une présence massive sur le marché. Avoir des distributeurs et un circuit de distribution.  Quand tu as un circuit de distribution, tu peux écouler le riz local très facilement. SOCOMCI est une structure qui a été créée en décembre  2014. A ce jour nous avons organisé plusieurs centaines  de producteurs de riz local. Je suis le promoteur du riz local Maro et du riz importé de Yéli et Héron en Côte d’Ivoire.

Pourquoi avez-vous choisi de vous investir dans la filière du riz local ?

Nous avons choisi la filière riz local parce que moi-même paysan, je suis fils de paysan. J’ai grandi au village et je connais les problèmes de nos parents et les difficultés de la structuration et de l’organisation dans mon pays. Quand j’ai fini mes études, j’ai travaillé dans un grand groupe international dont je ne citerai pas le nom. J’étais chargé de l’organisation de la structuration de la filière riz de ce groupe.  J’étais chargé de faire la promotion du riz local. C’est après deux ans de travail dans ce groupe que j’ai démissionné pour m’installer à mon propre compte pour continuer à exercer dans la filière riz local. La raison principale qui m’a poussé à faire tout cela est que je me suis rendu compte que la Côte d’Ivoire est un pays qui consomme en moyenne 3,5 millions de tonnes de riz par an. Je me suis rendu compte que ces 3,5 millions de tonnes que nous consommons par an sont principalement du riz importé. Nonobstant une production d’un million de tonnes  de riz local. La production locale de riz ne se voit même pas sur le marché. Et je me suis dit qu’il y avait  vraiment un défi à relever. C’est ainsi nous avons décidé de nous lancer dans la filière  riz local.

Quel est votre bilan dans l’organisation des producteurs de riz local en Côte d’Ivoire ?

L’entreprise a structuré pas mal de fermiers et paysans en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui  avec l’appui de nos partenaires, c’est plus de 6000 producteurs organisés en 200 à 300 coopératives qu’on a structurés. Avec le zonage, nous nous sommes retrouvés avec quatre zones dont leTtchologo, le Poro, le Hambol et la Bagoué. Des producteurs qui ne maitrisaient pas les techniques culturales, sont aujourd’hui formés.

Quel a été le soutien de l’Etat pour la filière ?

L’Etat de Côte d’Ivoire nous a appuyé dans l’implantation de plus de 30 unités de riz sur toute l’étendue du territoire. Socomci a  bénéficié de quatre unités implantées à Korhogo, Ferké, Boundiali et Niakara. Ces unités de transformation de riz ont chacune une capacité de transformation de 4000 tonnes dans la l’année. En 2016 on a fait 10.000 tonnes par unité dans notre unité de Korhogo, en 2017 environ 10000 tonnes, en 2018 environ 15000 tonnes, 2019 on a fait 5000 tonnes. En raison de la COVID 19 on n’a pu travailler en 2020. En 2021 nous avons repris avec 8 000 tonnes. En  2022 avec le projet pilote, on n’espère pouvoir faire 12000 tonnes soit environ 9000 tonnes de produits finis. Malgré tout ça, avec l’aide de l’Etat et des partenaires, on essaie d’appuyer ces même producteurs avec le même système de la mécanisation de la filière pour  rentabiliser la production à l’aide des batteuses qui récupèrent 20% des graines de riz qui tombent lors de la récolte.

Croyez-vous en cette filière riz ?

Oui je crois en la filière riz. J’ai l’ultime conviction que si la filière  riz est mieux structurée, elle peut-être l’une des cultures la plus rentable parce qu’elle peut se faire une à trois fois dans l’année. Donc nous nous disons que nous pouvons arriver à maitriser la filière riz avec l’appui se l’Etat dans les ouvrages des infrastructures qui sont en cours de réhabilitation par l’Etat. Et s’il y a eu une mécanisation, les moissonneuses, les batteuses, les tracteurs pour labourer le sol, d’ici 2025, la Côte d’Ivoire pourra être auto-suffisante en riz, le pays pourra exporter sa production nationale.

Source: (AIP)

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